Carnets de cuisine(s) – Dans la cuisine de Yunyan

Dans ce carnet, je vous propose un aperçu de la cuisine chinoise du quotidien : celle que l’on prépare en semaine, à la maison, autour de plats simples, variés et nourrissants.

À travers les habitudes de Yunyan, originaire de Shenzhen dans le sud de la Chine, nous parlons de repas familiaux, d’organisation du quotidien et de la manière dont l’alimentation accompagne les rythmes de vie.

Les repas en Chine 

Traditionnellement, la journée alimentaire en Chine s’organise autour de trois repas principaux : le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. À cela s’ajoutent d’autres moments pour manger au fil de la journée, qui rythment les pauses et les temps de repos. 

Comme le dit un dicton chinois :

早餐吃得好,午餐吃得饱,晚上吃得少
(Zǎocān chī de hǎo, wǔcān chī de bǎo, wǎnshang chī de shǎo)

littéralement : « Le matin, manger bien ; à midi, manger à sa faim ; le soir, manger léger. »

Ce proverbe ne décrit pas une règle stricte, mais un repère culturel : répartir l’énergie sur la journée et garder le soir un repas plus léger, souvent partagé en famille.

En pratique, chacun adapte ses repas à son rythme de vie, à ses habitudes et à sa faim réelle.

三菜一汤 (sān cài yī tāng) – « trois plats et une soupe » 

Dans de nombreux foyers, le repas s’organise aussi autour d’un principe simple souvent résumé par l’expression :

三菜一汤 (sān cài yī tāng) — « trois plats et une soupe ».

Cette formule ne désigne pas un modèle fixe, mais plutôt une manière de composer le repas : quelques plats à partager, généralement avec des légumes, accompagnés de riz et d’une soupe. 

Yunyan m’explique qu’une fois, ce type de repas était plutôt associé au dîner. À midi, on privilégiait souvent un plat unique, comme du riz cantonnais ou des nouilles de riz sautées, parfois accompagné d’une petite soupe. Aujourd’hui, les pratiques varient beaucoup et chacun organise ses repas selon son rythme de vie, son travail et ses habitudes familiales.

Dans cet exemple, le "trois plats et une soupe" est en version "deux plats et une soupe". Les quantités sont adaptées aux nombre de personnes à table. Pour l'équilibre nutritionnel, ce repère d'organisation du repas est à adapter selon les besoins et les contextes.

Dans cet exemple, le « trois plats et une soupe » est en version « deux plats et une soupe ». Les quantités sont adaptées aux nombre de personnes à table. Pour l’équilibre nutritionnel, ce repère d’organisation du repas est à adapter selon les besoins et les contextes.

Cette manière de composer le repas permet aussi de varier plus facilement légumes, protéines et féculents à l’échelle du repas.

Dans la cuisine de Yunyan 

À mon arrivée, Yunyan était déjà en cuisine, en train de préparer des jiǎozi (ravioli) végétariens colorés.
Pendant le repas, nous avons parlé de cuisine familiale, d’organisation du quotidien et des habitudes qui continuent d’accompagner sa manière de cuisiner aujourd’hui.

Quels plats te ramènent à ton enfance ou à ta famille ?

Je suis originaire de Shenzhen, une grande ville du sud de la Chine, au bord de la mer. Dans mon enfance, les repas étaient souvent composés de poisson, de fruits de mer, de légumes verts, de soupe et de riz.

En semaine, les plats restaient assez simples : une soupe légère, quelques légumes et un plat avec de la viande. Pour les occasions, mon père préparait du porc aigre-doux à l’ananas. C’était sa spécialité.

Aujourd’hui, je cuisine surtout des plats végétariens.

À quoi ressemble un repas du quotidien chez toi aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je prépare surtout des plats chinois végétariens. J’essaie de travailler davantage les herbes, les épices et les saveurs que les sauces très salées.

Quels ingrédients utilisent-tu le plus aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’utilise beaucoup les pois chiches.

Traditionnellement, on en consommait peu en Chine, mais on les trouve plus facilement aujourd’hui avec le développement de l’alimentation végétarienne.

Qu’est-ce qui te frappe le plus entre les repas en Chine et en France ?

En Chine, il y a souvent davantage de plats à table, mais servis en plus petites quantités. Tous les plats arrivent en même temps et le repas est généralement plus rapide.

En France, les repas durent souvent plus longtemps et les plats sont servis les uns après les autres. Ce rapport au temps du repas est très différent.

Qu’aimerais-tu préserver de cette manière de manger ?

En Chine, on accorde de l’importance au fait de prendre soin de sa santé par l’alimentation ; la plupart des gens ont donc, à différents degrés, une conscience des notions de nutrition et d’équilibre des plats. Je trouve cela très important, car cela rend les personnes plus conscientes de ce qu’elles mangent. Lorsque le corps ne se sent pas bien, en plus des médicaments, on prête aussi une attention particulière à son alimentation.

Quelques plats du quotidien

Une soupe légère pour accompagner le repas

Servie au restaurant comme à la maison, la soupe accompagne souvent le repas et participe au rythme du dîner.

Les versions les plus simples sont préparées avec quelques légumes, des algues ou de l’œuf battu.

Yunyan prépare souvent une soupe simple et réconfortante, préparée à partir d’un bouillon léger. On y trouve des épinards, des champignons de Paris et des champignons noirs – les 木耳 (mù’ěr) – ces champignons noirs séchés que l’on réhydrate avant de les ajouter au bouillon. La préparation est rapide et le résultat est délicieux.

Soupe claire de champignons noirs et épinards

Légumes 

Dans les repas du quotidien, les légumes occupent une place importante. Bok choy, chou chinois, brocoli ou épinards sont simplement sautés rapidement avec un peu d’ail.

La cuisson reste courte, ce qui permet de garder le croquant et la fraîcheur des légumes.

Yunyan utilise parfois une sauce “huîtres” végétarienne à base de shiitake séchés, très présente dans la cuisine familiale. Elle apporte rapidement de la profondeur aux plats de légumes ou de tofu.

Dans une version plus simple, les champignons séchés peuvent aussi être réduits en poudre et ajoutés directement pendant la cuisson.

Riz et accompagnements

Le riz occupe souvent une place centrale à table, notamment dans la cuisine du sud de la Chine. Chacun compose son bol au fil des plats partagés.

Yunyan apprécie particulièrement les céréales complètes pour leur goût plus marqué et leur texture plus nourrissante. Leur cuisson demande simplement un peu plus d’eau et de temps.

Œufs et tofu

Pour sa famille, Yunyan prépare aussi des plats simples à base d’œufs : œufs brouillés à la tomate, tofu aux œufs et champignons, ou légumes sautés accompagnés de riz.

Oeufs brouillés à la tomate fraîche. 

Tofu aux oeufs et champignons enoki

Raviolis faits maison

Les raviolis occupent une place importante dans les repas partagés, notamment dans le nord de la Chine. Ils sont préparés à partir d’une pâte simple à base de farine et d’eau, parfois colorée avec des légumes.

La farce mêle légumes, champignons ou tofu selon les saisons et les habitudes familiales. Les raviolis peuvent ensuite être bouillis, cuits à la vapeur ou légèrement poêlés.

Yunyan utilise parfois une farine plus complète, qui donne à la pâte une texture plus rustique et une saveur de céréale plus marquée.

Raviolis cuits à l’eau. 

Boulettes végétales

Plus récemment, des boulettes végétales à base de pois chiches ont trouvé leur place dans la cuisine de Yunyan.

Les pois chiches sont mélangés à des légumes finement coupés, un peu de sauce soja et quelques graines grillées avant d’être cuits à la vapeur.

Servies avec un peu de jus de cuisson relevé de poivre, elles s’intègrent naturellement au repas partagé.

Dans la pâte, on peut incorporer aussi quelques graines de soja décortiquées et grillées (去皮油沙豆, qù pí yóu shā dòu) qui apportent du croquant. La préparation est ensuite façonnée en petites boulettes et cuite à la vapeur.

Les boulettes sont servies simplement, avec un peu du jus de cuisson des pois chiches, relevé de poivre. Le résultat est nourrissant, rassasiant, et s’intègre naturellement dans le repas partagé.

Note diététique : cette préparation riche en légumineuses et en fibres peut être ajustée selon la tolérance digestive de chacun (quantité, texture plus ou moins fine, association avec d’autres aliments…).

Boulettes végétarienne de pois chiches au navet et à la sauce soja. 

En quittant la cuisine…

Au moment de partir, Yunyan m’avait proposé du thé. Je n’ai pas pu rester cette fois-là, le temps pressait. Mais à d’autres occasions, nous sommes restées plus longtemps à table, à discuter en buvant du thé après le repas.

Au-delà des recettes, je retiens surtout ces moments partagés : le temps passé à préparer, à goûter, à expliquer, puis à s’asseoir ensemble. 

Un grand merci à Yunyan pour son accueil généreux et pour ce partage du quotidien !

Ces préparations – raviolis colorés, boulettes végétariennes, plats posés au centre de la table – rappellent que l’équilibre se construit aussi dans les repas partagés, la variété des plats et l’attention portée aux autres.

多谢,duōxiè !

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